13 AVRIL 2008
LUCIE DECOSSE, INTOUCHABLE
Telle fut Lucie DECOSSE, tout au long de la journée d’hier. Impressionnante d’autorité et de maîtrise. A tel point qu’on aurait fort bien pu faire gober à un
quidam égaré qu’il assistait, sous le dôme du pavillon Atlantique, à une compétition juniors dans laquelle s’était infiltrée en catimini une sénior. Une sacrée fille de vingt-six ans. Une dame du
judo planétaire. L’une des plus fameuses, même. Un phénomène dont on voit mal comment la Japonaise TANIMOTO ou la Cubaine GONZALES, ses principales rivales, s’y prendront pour
contrarier, dans quatre mois, les légitimes desseins olympiques de la Guyanaise.
Un ramassement de jambe (sukuinage) pour débuter son parcours, un mouvement de bras
(taï-otoshi) pour continuer, un fauchage intérieur (o-uchi-gari) pour enchaîner et un fauchage extérieur (o-soto-gari) pour accéder à sa quatrième finale continentale.
Opposée d’affilée à l’Italienne PIANO, à la Croate MISKOVIC, à la Hongroise
SZABO et à l’anglaise CLARK (championne d’EUROPE 2006), DECOSSE a fait dans la diversité, hier. Et dans la célérité. Puisque la championne du monde 2005 n’aura eu besoin que
d’un tout petit peu plus de sept minutes pour s’offrir la possibilité de collecter un troisième or européen (après ceux de 2002 et de 2007).
REY : « C’est un génie doublé
d’une besogneuse »
Un titre saisi sans souci, à l’heure du goûter. Aux dépens de l’Allemande Claudia
MALZAHN troisième des Championnats d’EUROPE 2005 et montée récemment sur la deuxième marche du podium de Coupe du monde à VARSOVIE. Toujours aussi explosive, c’est sur une technique de jambe
(sasae-tsuri-komi-ashi), cette fois, que la belle s’imposait. Après seulement quarante-neuf secondes de face-à-face. Une victoire qu’elle dédiait, reconnaissante et tout sourire, à Bernard
TCHOULLOUYAN, médaillé de bronze des -78kg aux Jeux de 1980 et champion du monde des -86kg en 1981.
Un expert parmi les experts qui intervient de temps à autre au Lagardère Paris Racing, le
club de DECOSSE.
« Bernard a cinquante-cinq ans aujourd’hui (hier) et c’est lui qui m’a
enseigné ce sasae-tsuri-komi-ashi, s’amuse Miss « moins de 63kg ». Je lui dédie ce succès. »
Sept mois après les championnats du monde cariocas lors desquels elle avait dû s’incliner,
en finale, face à la costaude et maligne Driulis GONZALES, DECOSSE a sans nul doute étoffé son registre, élargi sa palette.
Capable désormais d’attaquer dans toutes les
directions, sur l’avant comme sur l’arrière, elle fait montre d’une stabilité rare tout en donnant beaucoup de mouvement à son judo. Très réactive et dotée depuis peu d’un seoi (mouvement
d’épaule) et d’un taï-otoshi à droite et d’un uchi-mata (hanche) à gauche, elle est devenue supérieurement tonique dans l’attaque comme dans le contre.
« J’exploite dorénavant toutes les
brèches, toutes les opportunités », reprend Lucie. Mieux armée techniquement, plus affûtée tactiquement, DECOSSE affiche depuis quelques mois une confiance de
patronne.
« J’ai travaillé pour cela, commente-t-elle. Là où à l’entraînement, j’étais
parfois à 80%, je suis maintenant à 110%. Je donne tout et j’en ressors rincée. Du coup, la compétition me semble presque plus facile. Et puis, pour expliquer mon rendement, rentre aussi en ligne
de compte mon rapport avec Christophe BRUNET (responsable du secteur féminin depuis l’automne 2005). Il me connaît de mieux en mieux et sait parfaitement, désormais, trouver les mots
justes à prononcer aux bons moments lorsqu’il me coache. »
Epaté lui aussi, Thierry REY, le président du Lagardère Paris Racing et champion
olympique 1980 des -60kg :
« « Lulu » n’est jamais en danger. Elle comprend et voit tout
avant les autres. C’est bluffant. Elle est hallucinante. Non seulement elle a le talent mais, en plus, c’est une grosse bosseuse. Lucie, c’est un génie doublé d’une
besogneuse. »
Descendue de son podium, fatalement émue par les larmes de sa mère, Lucie DECOSSE
savoure.
« Avant, je gagnais et puis voilà, explique-t-elle. Là, je profite, je me fais
plaisir. J’ai changé. J’ai envie de me construire des souvenirs. On peut évoquer l’expérience, la maturité. Je pense plutôt que je suis enfin prête à assumer mon rôle de « taulière ».
Je ne dis pas que je ne douterai plus jamais, mais je suis certaine que, si je rejoue la finale mondiale du BRESIL demain, l’issue de la confrontation ne sera pas la
même. »
La catégorie des -63kg s’est trouvée depuis l’an passé une reine continentale. Les Jeux de
PEKIN peuvent bien se préparer à accueillir l’une de ses principales attractions.
L'EQUIPE du 13 Avril 2008 / Anouk CORGE