14 FEVRIER 2008
JUDO NIPPON / ISHII, TAKAÏ EN RUPTURE AVEC LEUR FEDERATION
Certains Japonais, en stage à Paris jusqu’à aujourd'hui, se disent en rupture avec leur culture technique ancestrale et veulent s’adapter aux méthodes
européennes.
Entamée au début du mois, la deuxième étape du périple européen de l’équipe japonaise s'achève aujourd'hui, cinq jours après le Tournoi de Paris (une seule victoire au
compteur nippon). Ensuite, direction l’Autriche, pour les garçons ; la Hongrie, pour leurs homologues féminines, pour un week-end de Coupes du monde....
Puis ce sera Hambourg, la semaine suivante, pour l’un des plus importants tournois (mixtes) de la saison, suivie d’un nouveau stage international.
« Comme chaque année à la même époque, avec les séniors et les juniors, nous venons nous roder, nous préparer en France, en Allemagne et dans quelques autres pays, résume
Hitoshi SAÏTO, double champion olympique des lourds (en 1984 et 1988), devenu l’un des patrons du judo tokyoïte. L’idée, c’est, par la même occasion, de faire un petit état
des lieux de l’évolution du judo en Europe ainsi que des forces en présence. On y apprend systématiquement quelque chose. »
À quelques mètres du boss, Satoshi ISHII, exemple d’impassibilité, récupère en regardant évoluer ses partenaires d’entraînement. Jeune mi-lourd jusqu’en 2007, il vient de
débarquer dans la catégorie supérieure en remportant la Coupe Kano aux dépends notamment de Kosei INOUE, lui aussi néo-lourd. Le verbe bas mais franc, il commente quant à
lui :
« En Europe, ça bouge. C’est bien d’y venir régulièrement. Nous devons y puiser des inspirations, nous adapter aux changements qui naissent ici. Le Japon est une nation qui est vieille dans
sa façon de penser. Nous en sommes restés à la recherche de l’ippon comme unique tactique. Chez nous, lorsqu’on l’emporte sur un petit avantage, ça ne plaît pas. « Avec cette façon de
procéder, on gagne beaucoup moins. Quitte à me mettre ma fédération à dos, je n’adopte pas ce système. Ma priorité, c’est de ne pas perdre. Je le respecte énormément, mais, si je rencontre
Teddy RINER un jour en compétition, mon désir sera de le tuer sportivement. De le battre d’un simple koka ou d’un petit shido, mais de le battre. Je vais gagner le Championnat du
Japon toutes catégories (en avril) et j’espère bien qu’avec ce succès j’aurai enfin de la reconnaissance et une promesse d’aller aux Jeux. »
Culot rare d’un rebelle isolé ? Pas vraiment à écouter Yohei TAKAÏ, également pressenti pour Pékin et victorieux de RINER, en décembre, à la
Coupe Kano:
« Notre encadrement s’entête à conserver notre judo de toujours, constate. Nous sommes peut-être les meilleurs techniciens, mais des formes de lutte sont arrivées et les règles d’arbitrage
ont changé et ne nous permettent plus d’exprimer notre judo comme avant. Nous faisons comme si de rien n’était. On ne compose pas avec la nouvelle donne, et ça ne pardonne pas. »
Extrait d'un article de L'EQUIPE du 14 février 2008