Le 25 octobre 2009
Le rugby les épie
Son père, Jean-Noël, a été une des figures
emblématiques de l’équipe du quinze de CLAMART des années 1970 (alors en Deuxième Division). Troisième-ligne au talent précoce, il aurait pu évoluer parmi l’élite du rugby français s’il avait
consenti à quitter son club. En lice dimanche aux Championnats du monde juniors de judo, Alexis DION (16 ans, 1,92m, 120kg) a de qui tenir. Pour ce
qui est de sa jeunesse prometteuse comme de sa passion du rugby. Un sport qu’il a pratiqué deux fois par semaine à RENNES, jusqu’en 2007, qui le titille encore et qui fait traditionnellement bon
ménage avec un judo dans lequel il puise volontiers des balèzes en herbe. « Rien d’anormal à cela, relève Henry BRONCAN, manager général du club d’AGEN. Aujourd’hui, le rugby, c’est en moyenne cent vingt regroupements par
match. Cent vingt combats au sol. » Des phases de jeu « très judo » où le plaqueur doit impérativement rester sur ses appuis tout en veillant à faire le plaqué dans une zone
délimitée afin de mieux récupérer le ballon. Un secteur qu’avaient notamment travaillée, en 2007, les Anglais de Brian ASHTON avec Kate HOWEY, championne du monde 1997 et vice-championne olympique des -70kg à SYDNEY.
Au menu, apprendre à
rester une seconde ou deux de plus sur ses jambes lors du plaquage ou alors, au lieu de subir, apprendre à tomber dans le mouvement imposé par le plaqueur. Un fondamental de la formation du jeune
judoka. « Comme elle, face à ses compatriotes, j’étais un poids plume par rapport aux lourds auxquels j’étais confronté en qualité de demi de
mêlée, sourit Pierre BERBIZIER (56 sélections), ceinture marron et aujourd’hui manager général du Racing-Métro 92. J’étais peut-être un David (1,70m) face aux Goliath, mais j’avais des réflexes, des déplacements de judoka et je
savais utiliser la force des autres. En défense, ça m’a beaucoup servi. »
Des bases martiales qui
auront également pas mal apporté à Vincent CLERC (ceinture noire), ailier international du Stade Toulousain, ou au pilier droit de GLOUCESTER,
Pierre CAPDEVIELLE, médaillé de bronze des Championnats de France juniors 1994 en +95kg.
Tout comme Thierry DUSAUTOIR, troisième-ligne et capitaine de l’équipe de FRANCE, formé gamin, jusqu’à la ceinture marron, sur les tatamis : « Le judo m’a appris la discipline. » Et un certain sens de l’engagement jusqu’au-boutiste : « Quand tu montes sur le tapis, c’est pour « crever » l’adversaire. » Responsable de l’école de rugby du Stade Toulousain (qui a déjà
contacté Alexis DION pour une journée de détection), Yohann FAURE résume : « Un gaillard avec un tel gabarit (il mesurait 1,87m à 13 ans), c’est déjà rare et donc intéressant. Si, en plus,
il est judoka. Il est à l’aise dans le corps-à-corps, dans les chutes et dans l’évitement. Dans le domaine du plaquage, il a fatalement au départ quelques longueurs d’avance sur l’immense
majorité. »
Du côté de la Fédération
française de judo, on ne s’inquiète pas des œillades du rugby à ses athlètes. « Ca ne nous laisse cependant pas indifférent, souligne Brigitte DEYDIER, DTN d’octobre 2005 à juin dernier. Que des enfants partent vers d’autres disciplines après avoir été
formés chez nous, c’est très classique. Pour ce qui est des grands adolescents, je vois mal comment ils pourraient briller au plus haut niveau, en rugby par exemple, en nous quittant à seize,
dix-sept ans. Les sports sont devenus si spécifiques, si technico-tactiques qu’il faut y avoir longtemps baigné pour décrocher les plus belles médailles
d’or. »
L'EQUIPE