Le 25 août 2011
LEGRAND, soleil levant
Un cri déchirant sort de sa bouche. Dans la salle d’échauffement, Ugo LEGRAND s’est effondré. Il se roule sur le sol, gueulant sa
rage à la face du monde, ses coaches, la kiné de l’équipe de FRANCE et tous les étrangers qui le regardent, médusés. Dans les bras de Jean-Pierre GILBERT, l’entraîneur qui
l’accompagnait pendant cette demi-finale maudite, perdue sur décision unanime des juges face au Néerlandais Dex ELMONT, vice-champion du monde des -73kg, il se débat comme si le
diable l’habitait. Benoît CAMPARGUE, le boss du secteur masculin, hurle : « Ressaisis-toi ! » Benjamin DARBELET, le concurrent,
éliminé quelques heures plus tôt, mais surtout le pote, pose la main sur son cadet : « Il doit vider sa rage, mais il va se reprendre. Une médaille de bronze mondiale, ça ne se lâche
pas. »
« J’étais au fond du trou, racontera LEGRAND, vingt-deux ans, après son ultime combat, le bronze autour du cou. Je ne parvenais pas à me relever. Heureusement, ils m’ont aidé. Merci à tous ! » Il pleure de nouveau, de joie, après avoir battu le Kazakh Rinat IBRAGIMOV (ippon) et offert un premier podium au clan bleu, jusqu’ici bien maussade.
Hier, on a enfin parfaitement compris ce que voulait dire CAMPARGUE lorsqu’il clamait, il y a près de trois ans, à propos de LEGRAND : « Il a le même potentiel que Teddy (RINER) ». Quadruple médaillé mondial et olympique, le Sud-Coréen WANG Ki-chun a pu le constater, en huitièmes de finale, pulvérisé par le Normand après quinze secondes de confrontation sur un uchi-mata d’école.
Puisqu’on parle d’école, il convient d’évoquer le grand-père judoka, Francis, champion du MAROC, en 1951. Un ancien qui a passé sa journée devant la télé hier. Et dont les descendants se plaisent à raconter cette salle de 60m² qu’il avait installée dans le sous-sol de la maison familiale au GRAND-QUEVILLY, en SEINE-MARITIME. « Après le goûter, c’était judo, explique dans les travées de BERCY Rodolphe, le père d’Ugo. Francis était « cinglé ». Avec mon frère, il nous faisait répéter nos techniques jusqu’à la perfection. On a été élevé au judo à la japonaise. » Ugo suivra la même filière. Il se frottera aussi à quantité d’étrangers, migrants débarqués au port de ROUEN, tout proche. « Des Géorgiens, des Arméniens, notamment, se souvient-il. Bien souvent, ils passaient par le club pour faire du sport. Ils ne connaissaient rien au judo, mais ils aimaient vraiment la baston. » Professeur de judo, le père prolonge : « Il a pris de sacrés roustes, il s’est fait éclater, mais jamais Ugo n’a rechigné à aller au charbon. »
Près du podium, les yeux fixés sur son copain, Benjamin DARBELET a retrouvé le sourire. Désormais ex-leader des -73kg, il souffle :
« Ugo sera toujours mon pote…même s’il me met à la retraite aujourd’hui. »
Même s’il aura bien le temps de reconsidérer ses propos, « Darbe » sait que le champion du monde junior 2008 a frappé fort, hier à BERCY, et qu’il sera dur à écarter de la course aux Jeux Olympiques (où il n’y a qu’une place par catégorie). Car Ugo LEGRAND, malin, beau à voir évoluer, est à l’image de son entraîneur de club, Daniel FERNANDES, vice-champion du monde 2003 des…-73kg. Une référence qui s’occupe du précoce virtuose depuis trois saisons. Désormais en pole-position pour les Jeux, Ugo a sûrement pensé à François, son arrière-grand-père. Lutteur, il avait été sélectionné pour les JO de 1924 avant de choisir un statut de professionnel de la discipline, quelques mois avant ce rendez-vous.
Article de L’EQUIPE du 25 août 2011
« Avant les mondiaux, vous visiez la deuxième place au nombre de médailles derrière le JAPON. Est-ce toujours
envisageable ?
Hier, le moins
triste résultat de cette première journée était à mettre au crédit de la doyenne du clan (35 ans), Frédérique JOSSINET (-48kg). Souriante, malgré tout – « c’est
l’expérience ! », expliquait-elle -, malgré sa cinquième place et sa défaite pour le bronze face à la jeune Brésilienne Sarah MENEZES (21 ans), comme l’an dernier
à TOKYO. « C’est le jeu, soupirait l’Orléanaise. Les huit meilleures de ma catégorie étaient présentes… En quarts, face à Tomoko FUKUMI, j’ai été bien pendant
deux minutes. Et puis, j’ai fait une attaque de trop. C’est un de mes défauts. J’ai envie d’y aller, de faire du judo, je suis joueuse, encore plus devant un public parisien, mais, parfois, il
faudrait que j’arrive à être plus rigoureuse. Les Jeux restent évidemment l’objectif principal de la saison prochaine, mais elle sera très longue. »
L’encadrement y est réceptif, mais réclame avant tout de la rigueur. Un mental de battant aussi, car,
hier, le seul à avoir montré une réelle fougue fut Issam NOUR (non classé en -60kg) qui, à trente ans, honorait sa première sélection. Au détour d’un couloir, Bernard
TCHOULLOUYAN, grand technicien et médaillé d’or des -86kg en 1981, l’a chaleureusement félicité. « Merci, a-t-il répondu avec un large sourire. Dommage de ne pas avoir
décroché une médaille. Ma maman était venue me voir combattre pour la première fois depuis douze ans. Il est trop tôt pour penser aux Jeux de LONDRES, mais je sens que, dans ma tête, j’ai passé
un cap. »
Pour certains, cette lutte peut virer à l’obsession. En 2004, Benjamin DARBELET (engagé aujourd’hui chez le -73kg) avait accepté de
perdre douze kilos pour une sélection olympique chez les -60kg. Suivi par Jean-Christophe MINIOT, médecin des équipes de FRANCE à l’époque, le régime s’était échelonné sur trois
mois.


























