12 FEVRIER 2008
KOSEÏ INOUE / L' ÂME D'UN SAMOURAÏ
Bien que battu deux fois par
Teddy RINER, le Japonais reste très élogieux à propos de son adversaire.
Détendu, presque souriant, le très secret INOUE s’est ouvert, hier, à l’issue de l’entraînement. En stage à Paris durant toute la semaine,
l’un des plus gros palmarès de l’histoire du judo est revenu sur sa défaite des Championnats du monde, en septembre 2007. Sur celle, également, du Tournoi de Paris, dimanche. Et sur celui qui l’a
dominé lors de ces deux évènements, Teddy RINER. Un champion du monde poids lourd qu’il respecte énormément.
"Pour retrouver mon niveau de 2003 (l’année où il fut sacré champion du monde des –100 kg pour la troisième et dernière fois),
ce n’est pas de quantité dont j’ai besoin, c’est de qualité. C’est vers cela qu’il me faut orienter mon entraînement. C’est certainement comme cela
que travaille Teddy RINER. Ce garçon est un judoka parmi les plus imposants, les plus puissants au monde, mais c’est également quelqu’un dont on sent qu’il aime le judo. Avec sa force, il
pourrait adopter un judo moins créatif, plus verrouillé. Mais c’est tout le contraire qu’il propose. Il bouge, il attaque, il ose, il recherche le ippon, il tourne le dos à l’adversaire (ce
que beaucoup refusent à faire de peur d’essuyer un contre). Je le respecte.
Quel que soit l’issue du combat, retrouver Teddy en compétition serait une joie. Perdre de nouveau serait un échec beaucoup moins grand que de baisser les bras, de ne pas tenter encore de
s’imposer à lui.
À Rio (en septembre 2007, lors des Championnats du monde),
après qu’il m’eut battu, j’ai évidemment très sérieusement pensé à arrêter ma carrière. Avant même d’aborder les repêchages, je me suis dit que c’était
terminé pour moi.
Ce qui m’a fait revenir sur cette décision, c’est de voir Muneta, mon ami et concurrent national, remporter le titre des toutes catégories, deux jours plus tard. J’étais à la fois heureux pour
lui et triste, frustré. Je me suis dit que j’avais encore l’âme d’un samouraï et le niveau requis pour aller décroche, à Pékin, une seconde couronne olympique (en 2000, à Sydney, il était monté sur la première marche du podium des –100 kg). C’est mon rêve ultime. Et en +100
kg (sa catégorie depuis un plus d’une saison), la catégorie reine. Je veux montrer aux
Japonais, aux Européens, aux enfants qu’une personne de 107 kg (pour 1,83 m) peut projeter, battre des géants de plus de 130 ou 140 kg. C’est ce qui m’a motivé à faire du judo quand j’étais
petit, c’est pour ça que je pratique encore cette discipline. C’est le principe, l’esprit du judo. Ce sport est ma raison de vivre.
Pour en revenir à Teddy, on l’a beaucoup étudier à la vidéo et on cherche à mettre en place des tactiques pour le battre. Sans rentrer dans le détail, on y travaille
très sérieusement depuis Rio. Ça n’a pas marché dimanche, au Tournois de Paris, mais c’est partie remise, j’espère. À Bercy, je lâche sa manche en faisait un seoi , et cette petite erreur me
coûte un contre. Si je ne l’avais pas commise…
Teddy s’entraîne dur. On le voit à chaque fois que l’on rencontre les Français en stage. Il
a changé l’idée que nous, Japonais, nous faisions des étrangers. Il ne se prépare pas cool. C’est un vrai gros bosseur. Je ne sais pas encore si je serai aux Jeux de Pékin
(pour l’heure, MUNETA est le leader de la catégorie) mais, si j’y suis, je ferai tout pour le
battre."
L'EQUIPE le 12 Septembre 2008 O.B.