Le 10 octobre 2009
Il ne peut en rester qu’une
SYDNEY, ATHÈNES, PEKIN : Barbara HAREL a toujours été la patronne des -57kg françaises. À 32
ans, bousculée par Morgane RIBOUT, peut-elle reprendre ce leadership ?
Les + : Gauchère, dure au mal et mobile. Martyrise avec son spécial yoko-tomoe-nage (planchette japonaise). Maîtrise uchi-mata (technique de hanche). Redoutable avec son contre en te-guruma (arraché).
Les - : La gestion du combat. À PEKIN en 2008, elle fracasse la quadruple
championne du monde nord-coréenne Kye SUN-HUI. Mais elle déraille, à la suite d’un shido (avertissement)
pour sortie de tapis, face à l’Italienne Giulia QUINTAVALLE et s’incline.
À 21 ans, la gauchère Morgane RIBOUT a surpris tout le monde en devenant championne du monde en août dernier. Aujourd’hui, c’est la fille à
(a)battre.
Les + : Instinctive. S’appuie dur uchi-mata, ko-tsuri-goshi (mouvement de hanche) et ura-nage (arraché). Grande, (1,66 m), violente et explosive dès qu’elle pose les mains sur le kimono adverse.
Les - : Attaque trop en direct. Doit apprendre à préparer ses offensives, créer des décalages et des déséquilibres. N’a pas d’attaque à droite. Saura-t-elle assumer le statut de leader ?
Marre des
longs régimes à 1000 calories par jour (2500 pour un adulte sédentaire). Voilà qu’Audrey LA RIZZA, 28 ans, médaillée d’argent européenne en 2007
(-52kg), s’invite dans la catégorie supérieure. Mais il y a déjà du monde à la table.
Les + : Agressive, déterminée
et tonique. Petite (1,57 m) et stable, elle en profitera pour lancer ses mouvements d’épaule préférés (morote-seoi-nage à gauche et ippon-seoi-nage à droite) sur els grandes comme RIBOUT. Dynamique et dangereuse avec des coups de patte type
ko-uchi-gari.
Les
- : Expérimentée en -57kg, saura-t-elle imposer avec précision son kumikata (prise de garde) ? N’aime pas les gauchères. Parfois en crise
de confiance. Brillante par équipes, elle manque d’engagement en individuel.
Morgane RIBOUT, Barbara HAREL, Audrey LA RIZZA. Trois gauchères, un seul fauteuil. La concurrence va être rude en -57kg. Un bien ou un mal ? À trop s’étalonner, les forces françaises risquent-elles de s’annihiler ? D’un autre côté, à être trop seul dans un couloir, comme l’est Teddy RINER, le risque de démobilisation guette.
Ce dilemme n’est pas nouveau dans le judo tricolore, qui foisonne d’exemples de luttes fratricides pour la place en sélection. Il y eut le duel entre Djamel BOURAS et Darcel YANDZI (-78kg), des années 1990. Le premier, moins doué, deviendra champion olympique à ATLANTA en 1996. Le second, talentueux, disparaîtra du gotha mondial. Il y eut, aussi, la guerre que se livrèrent les -73kg (FERNANDES, GAGLIANO et KHEDDER) en 2000.
Fabien CANU, champion du monde 1987 et 1989 des -86kg, se souvient de la concurrence qui l’opposa à Pascal TAYOT : « Ca a duré deux ans ! J’étais en fin de carrière et Pascal, avec qui je ne serais pas parti en vacances, entamait son ascension vers les Jeux de BARCELONE (médaillé d’argent). » S’il a eu du mal à la gérer sur le moment, CANU reconnaît avec le recul les bienfaits de ce match permanent. « L’émulation booste. Elle fait progresser. Mais il ne faut pas abuser des rivalités. Le judoka ne doit pas, jusqu’à la veille d’une échéance, dépenser son énergie à décrocher la sélection. » Un risque dont a conscience René RAMBIER, le directeur du judo tricolore. Fort des expériences passées, il ne souhaite pas faire jouer la concurrence « à outrance ». Plutôt l’utiliser en fonction des personnalités.
« Des athlètes comme Teddy, tranquilles dans leur couloir, restent des exceptions. On a besoin d’être titillé pour se
dépasser. » Déjà en
fonction lors du premier sacre olympique de David DOUILLET en 1996, RAMBIER se souvient que le géant
normand appréciait « l’inconfort permanent ». D’autres pas.
Article L'Equipe 10/10/09